Les jeunes en pleine crise d’identité… au même titre que les adultes.

Identity I by MoOnshine90 on DeviantArt.com

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L’autre jour, je suis allé à la piscine couverte que je fréquente depuis quelques années. En entrant dans le hall de la réception, je vois un affichage numérique qui demande de s’essuyer dans les locaux humides afin de laisser les vestiaires aussi secs que possible. Je passe le portillon et entre dans les vestiaires. D’un côté, tout paraît bien ordré mais de l’autre, une grosse flaque s’étale le long d’une dizaine de casiers. Deux jeunes ados sont là, le premier habillé, assis en train de pianoter sur son smartphone, le second finit de se rhabiller.
Ma réaction spontanée est de penser que ce sont eux les auteurs de ce désordre, puis je reviens sur mon jugement et me dit que bien des gens passent par ici et que les apparences peuvent être trompeuses.
Je les salue et commence à me changer. Le second jeune, une fois habillé, se dirige vers les douches et il interpelle en français une femme qui nettoie les sols. Elle répond en allemand. Je ne vois pas la scène, mais les entends.

Jeune: “Salut Madame, je veux juste prendre de l’eau, j’peux passer?”
Femme: “Non, non, c’est interdit avec les souliers!”
Jeune: “Allez Madame, j’veux juste prendre de l’eau!”
Femme: “Non, va dehors, il y a des toilettes dehors.”
Jeune: “Allez Madame! C’est juste de l’eau!”
Femme: “Non, non! Ohhhhh!”
Jeune: “Merci Madame!”

Je suis changé à présent et me dirige vers les douches. Je réfléchis à ce que j’ai entendu et me dit que je ne peux pas simplement ignorer ce qui vient de se passer. Donc, je bifurque vers les toilettes et interpelle à mon tour le jeune. N’ayant aucun contact avec des ados d’habitude, je n’attends pas grand chose de mon intervention hormis acquérir un brin d’expérience…

Moi: “Dis-donc, t’as pas compris ce que la dame t’as dit?”
Jeune: “Ça vas pas Meussieu?”
Moi: “C’est crade de venir avec des chaussures ici.”
Jeune: “C’est son travail Meussieu!”
Moi: “C’est pas ça le problème, j’accepte pas que tu viennes avec tes chaussures ici!”

Et là, la discussion part en vrille, car il ne m’écoute plus, il parle en même temps que moi pour me couper la parole et me fuit du regard. Bref, un fiasco cuisant quoi.

Cet épisode m’a rappelé une prof’ qui me parle régulièrement de la difficulté quotidienne pour le corps enseignant de se faire respecter, de la frustration occasionnée, de l’énergie dépensée et de la fatigue écrasante en fin de journée.

Aujourd’hui, nous faisons face chez les jeunes à un cocktail de cultures et de religions, à un héritage de l’éducation libre héritée de nos aïeux soixante-huitards, à l’obsession compulsive de certains parents de planifier chaque minute de libre de leurs chéris, à la résignation des parents eux-mêmes dépassés par un rythme de vie en constante accélération, à la technologie illimitée et sans censure ouverte sur le monde qui s’invite chez un public de plus en plus jeune et à l’exemple donné par de prétendus adultes gérant notre système économique en outre-passant systématiquement et avec préméditation les règles de bon fonctionnement définies dans notre société.

Alors dans ces conditions, comment voulez-vous que les jeunes trouvent leurs repères et se forment leur identité?

Notre société – comprenez “nous tous” – ne leur transmet pas de valeurs justes auxquelles se raccrocher et trop peu de modèles sains auxquels s’identifier.
Au lieu de ça, nous les bombardons de publicités abrutissantes et de médias infantiles de pseudo-héros tout-puissants qui ne font qu’exacerber leur désir insatiable d’enfant de flatter flatter son ego.

Vous vous trouvez ici devant la formule parfaite pour créer un univers mercantile de consumérisme à outrance.

Comment faire alors pour encadrer nos jeunes générations et leur enseigner le respect?

Il fût un temps où les profs utilisaient une règle carrée pour taper sur les doigts en guise de punition et où les passants tiraient les oreilles de garnements effrontés pour les rappeler à l’ordre. De nos jours, les maîtresses se font traiter de “putes retraitées” sans plus avoir les outils pour forcer le respect et les gens de la rue détournent le regard et fuient une scène de violence à trois contre un par peur de représailles.
Ce sont là deux époques extrêmes à l’opposé l’une de l’autre dans lesquelles il ne fait pas bon vivre du tout.

Il est temps que tous les acteurs de notre société grandissent et deviennent adultes afin d’assumer enfin leurs responsabilités.
Il est temps que les adultes se réapproprient le rôle qui est le leur et rappellent à celui qui pose ses pieds sur le siège du train de les retirer, à celui qui importune autrui de le laisser tranquille, à celui qui traverse en dehors des passages cloutés de les emprunter et ainsi de suite, sans oublier surtout de prêcher par l’exemple!

Il ne s’agit absolument pas de jouer aux flics, mais bien de former avec tous les adultes, parents, enseignants, passants, promeneurs, voyageurs et observateurs un groupe uni face aux jeunes pour qu’ils reconnaissent les valeurs et les modèles que nous voulons leur transmettre.

Quand ferons-nous enfin le pas?

Le magazine “jolie-fleur-de-montagne” a quinze ans

Sofia Venanzetti The happiness of freedom

Sofia Venanzetti The happiness of freedom

Voilà un courriel que j’avais adressé à la rédaction d’un magazine que je vais nommer “jolie-fleur-de-montagne” et auquel je n’ai jamais reçu de réponse.

​A l’attention de Madame tartempion​​, rédactrice en chef de jolie-fleur-de-montagne magazine.​

Bonsoir Madame,

Il est 20h53, je viens de coucher mon fils de 6 ans après une crise de crampes aux jambes et dehors la tempête fait rage. J’avais dans l’idée de m’avachir sur mon sofa et de me lessiver le cerveau en regardant un film à la télévision. Pourtant, votre magazine non sollicité, trouvé dans ma boîte aux lettres ce soir en rentrant, m’est revenu à l’esprit. J’ai alors décidé d’écouter le dernier album de Rim Banna “Revelation Of Ecstasy & Rebellion” – un joyau de sensibilité et vecteur d’émotions – et d’empoigner ma plume électronique pour vous écrire ce message.

En feuilletant ce numéro, les photos publicitaires de femmes plus parfaites les unes que les autres s’enchaînent et m’ont fait penser aux précédentes éditions que je consultait de temps à autre. Je me souviens y avoir lu quelques articles à l’époque où mon ex-épouse y était abonnée. Cependant, je ne me souviens plus des sujets traités; mais là n’est pas mon propos.

​Oui. Jolie-fleur-de-montagne a 15 ans et n’a pas pris une ride. Pardonnez-moi d’y mettre une note de sarcasme en l’écrivant.​ Ce qui m’interpelle dans votre revue, c’est justement l’image véhiculée, catalyseur d’un de ces poisons qui gangrène notre société: le diktat du paraître et de la perfection. Je n’existe que par mon image parfaite, donc par extension, si mon image n’est pas parfaite, je n’existe pas. Ceci me fait douloureusement penser à l’adolescence, période de doutes, de recherche d’identité et de modèles par excellence.

Voilà donc notre ado, appelons-la Fatima, qui est submergée d’images parfaites lui démontrant par a plus b ce que la société attend d’elle. Bêtement, comme pour la majorité des ados, le moule qu’on lui inflige ne lui correspond pas du tout. Alors Fatima se remet en question, elle essaie de se vêtir d’habits tendance qui lui sont inadaptés. Elle devient d’abord anorexique avant de chuter dans la boulimie en subissant de sévères dépressions. Ce faisant, elle fait le bonheur des actionnaires de l’industrie pétro-chimique, textile et pharmaceutique. ​ La boucle est bouclée.​
Un beau jour, nous parcourons notre quotidien préféré sur notre tablette ​grand format ​dernier cri et notre curiosité morbide nous pousse à guigner du côté de la revue nécrologique. Dans celle-ci, nous lisons un message touchant de la famille de Fatima dont la flamme s’est éteinte peu avant ses 15 printemps. Puis, nous nous disons que la “vie” peut être cruelle et nous nous demandons ce qui a bien pu arriver à cette jeune fleur qui n’a pas eu le temps d’éclore…​​ et nous zappons sur autre chose…​

N​e vous y méprenez pas, je considère votre travail journalistique et ​​​graphique​ ​ avec le plus grand respect​, ce nonobstant​,​ il y a des vérités qui doivent être dites.​ ​​​Je ne vous accuse pas de tous les maux, je vous reproche juste de contribuer ainsi à ce cercle vicieux et létal pour bon nombre de personnes.

Quelle fleur a selon vous mérité​ de vivre​ ses 15 printemps aujourd’hui?

PS: Merci d’avoir l’amabilité supprimer mes adresses physique et électronique de votre liste de distribution.

​R​espectueusement,​