Manuel de diversion pour les nuls

diversion et consumérisme

Consumerism by JORGEMUR on DeviantArt.com

Diversion, houguah bouguah !

Si je faisais partie d’un clan d’hommes préhistoriques affamés par un rude hiver qui vient de se terminer, je ferais preuve d’une grande ingéniosité pour attirer le premier mammouth venu dans un cul de sac à l’aide d’une diversion de groupe minutieusement orchestrée.

Le cas reste simple : je tue un animal passant par là qui nourrira mon clan et ma famille et nous permettra de tenir le coup pour les prochaines semaines.

Je n’ai pas de scrupules, car c’est un acte légitime de survie. J’ai peut-être au passage un sentiment de respect profond pour ce géant arrivant juste à temps et dont la mort permettra à ma tribu de survivre au prochain hiver.

Diversion chez les troyens

L’Histoire nous relate d’innombrables cas de diversion, de ruse, de manipulation et de fourberie. L’un d’entre eux nous est rapporté par la mythologie grecque: j’ai nommé l’ingénieux cheval de Troie qui a permis aux grecs de tromper leurs ennemis, de les anéantir et de mettre leur ville à feu et à sac.

Ah ben oui, nous avons fait un grand saut dans le temps et l’heure n’en est plus à la simple survie, non, on se bat pour l’honneur, la fierté, la gloire, le pouvoir, la cupidité ou pour une épouse adultère… Et la fin justifie absolument tous les moyens…

Peut-on encore parler ici de légitimité ?

Diversion, aujourd’hui

Aujourd’hui, plusieurs siècles plus tard, les motifs de diversion sont restés identiques, mais les moyens utilisés ont suivi l’évolution de la sacro-sainte science qui nous promet naïvement et sans succès depuis ses débuts une amélioration du bien être général de l’humanité et de la santé publique.

Ah ! J’en vois certains qui froncent les sourcils à la lecture de ma déclaration… Vous ne me croyez pas ? Eh bien vous avez tout à fait raison ! C’est à l’église que l’on croit ! Aiguisez votre sens critique et suivez-moi dans mes réflexions ! 😉

Quel est le pourcentage de la population mondiale qui profite directement ou indirectement des bénéfices de la science et de ses retombées (en termes de santé et de bien-être qu’on se comprenne bien) ?

Quoi ??? Vous ne savez pas ???

Rassurez-vous, moi non plus, cependant je peux écrire, sans trop me tromper, qu’on est bien loin du quart de la population mondiale ! A-ha ! Là les sourcils froncés soulignent l’étonnement et c’est tristement compréhensible…

La science : une secte qui maîtrise l’art de la diversion

Oui, bien sûr, c’est provocateur, à dessein, forcément.

Définissons d’abord le cadre de ma critique. Quand je fais référence à la science, je pense à toutes les disciplines dérivées des mathématiques, services de renseignement, de l’économie, la politique, la médecine/pharmacologie, le marketing, la criminologie, l’informatique, la génétique, la micro-biologie (ce n’est pas exhaustif) et je considère aussi comme scientifiques l’armée avec ses méthodes et ses tactiques.

Puis, j’aurais pu écrire que ma critique s’adresse aux minorités qui “managent” tous ces groupes de travail, aux méchants patrons qui mettent leurs employés sous pression. Ben non ! Je m’adresse au contraire et en particulier à toutes les personnes qui, comme moi, font partie de la masse et essaient, avec les moyens et circonstances existants, de gérer leur équilibre de vie malgré ces techniques incessantes de diversion échafaudées contrôlées au plus haut niveau.

Le cadre général étant posé, passons à quelques exemples concrets.

Médecine

Il est indéniable que la somme des connaissances accumulées jusqu’à aujourd’hui permet de réaliser ce que par le passé on aurait appelé des miracles. Pour bon nombre de situations d’urgence, aussi compliquées soient-elles, nous avons sous nos latitudes occidentales le privilège de bénéficier d’un traitement quasi immédiat quelqu’en soit le coût.

Mais quel est le prix de cette évolution ?

Les coûts de la santé, et par conséquent nos primes d’assurances augmentent régulièrement. L’économie parasite le domaine et vient se greffer sur tous les organes concernés tel un virus immunorésistant. L’industrie pharmaceutique pratique un lobbyisme acharné auprès des politiques, des médecins et des clients, euh pardonnez le lapsus, je voulais écrire patients. Madame et Monsieur tout le monde considèrent les diagnostics des blouses blanches comme une fatalité. Les médecins pressés par l’économie et le manque de personnel/temps concentrent de plus en plus leurs efforts sur les symptômes au lieu d’aborder la santé de façon holistique. Les médias classiques sont truffés de publicités récurrentes qui nous martèlent LA Vérité. Nous croyons au fait que seul la médecine et la science ont le pouvoir, malgré leur jeune âge, de nous offrir la santé et le bien-être en reléguant les médecines pluri-millénaires aux oubliettes grâce à l’obligation de réglementer toutes les recettes, toutes les substances et surtout toutes les plantes médicinales.

Associations de consommateurs, agents de douane et chimistes cantonaux…

Ô combien louable sont ces multiples associations de consommateurs. Leur rôle est essentiel pour dévoiler les subterfuges que les industries ont mis en oeuvre pour maximiser leurs profits en grande majorité au détriment de l’environnement et de la santé et de la sphère privée ceux qui utilisent leurs produits et leurs services.

Ah les agents de douane… Quel changement de cadre et de cahier des charges depuis l’ouverture des frontières européennes !

Je me souviens du temps passé dans la voiture de mes parents au milieu des files d’attente lors de nous escapades estivales. Toute suspicion des douaniers menait à une fouille minutieuse et systématique du véhicule et parfois de ses occupants. Cela m’inspirait une certaine forme de crainte et de respect qui me faisaient réfléchir aux conséquences du non respect des règles…

Mais aujourd’hui, cela appartient au passé. Moins de frontières, moins d’agents, moins de contrôles, moins d’administration, moins de coûts. Tout est pour le mieux, non ?

Et voici les chimistes cantonaux qui, grâce à la science, extraient et analysent les composants des biens vendus et consommés par nous et nos chères têtes blondes.

Toute substance suspecte est mise à rude épreuve pour nous assurer la conformité de son utilisation. Ce que je consomme est sûr et je n’ai aucune crainte à avoir.

Mais sapristi ! Quel est donc le point commun entre une association de consommateurs, les chimistes et les douaniers ?

Alors répondons à cette question par une autre question : combien existe-t-il d’associations de consommateurs dans notre beau pays ? En Europe ? Dans le monde ? Et des chimistes ? Et des douaniers ?

Pour ma part, je l’ignore. Mais, de nouveau, je peux affirmer sans grand risque d’erreur que leur nombre est dramatiquement insuffisant pour passer en revue la totalité des produits et des services déferlant tels de multiples tsunamis sur nos marchés !

Une vie entière ne suffirait pas pour énumérer tous les exemples du genre. Et j’assume qu’à ce stade vous avez compris ce que je souhaitais mettre en évidence. Alors poursuivons.

Diversion quand tu nous tiens !

Il est clair que dans le monde industrialisé de façon générale – et dans notre paradis de beau petit pays en particulier – nous nous sentons en sécurité et à l’abri de toute menace.

Nous sommes affairés à trouver ou garder un job même s’il ne correspond pas à nos valeurs morales et humaines. Nous consommons en optimisant notre budget privé soit, dans un extrême, pour espérer joindre les deux bouts en fin de mois, soit, dans l’autre extrême, pour baigner dans le luxe le plus obscène et déconnecté de la réalité. Mais quelle que soit la sphère dans laquelle nous évoluons, nous sommes tous de plus en plus absorbés (et le mot est faible) par l’utilisation des technologies dites nouvelles (informatique, gadgets, “VisageLivre” et compagnie).
En dehors du métro-boulot-LivreVisage-dodo, il nous reste parfois un peu de temps libre que l’on préfère se consacrer plutôt que de s’investir dans une cause qui nous paraît perdue d’avance.

Il en va de même dans le cadre professionnel pour les associations de consommateurs, les chimistes et les douaniers. Ils agissent comme des pompiers qui traitent l’urgence.

La conséquence est donc que tant que nous sommes tous concentrés sur les conséquences, les produit finis, les fautes, les défauts, les symptômes, nous ne traitons pas les causes.
Nous sommes consentement sous la pression d’une réalité qui a été forgée par une minorité qui s’en met plein les fouilles au détriment de la majorité des vivants.

On voit qu’il est difficile, voire impossible, de prendre du recul dans un tel cadre. Mais ceci est matière à dissertation à elle seule…

Quelle direction face à la diversion ?

Ici, nous pourrions élaborer des plans complexes impliquant la politique pour financer des contrôles systématiques de tous les biens et services. Nous pourrions multiplier les efforts et les moyens.

Mais que ferions-nous vraiment si nous tentions ce que je viens de mentionner ?

Eh bien nous ne changerions rien du tout !

Pourquoi ? Parce que nous continuerions de vouloir corriger l’inclinaison de la tour de Pise avec de la peinture… Autrement dit, nous ne ferions que de continuer de subir le défaut sans le corriger, car dès qu’on est emmêlés dans les rouages de la politique, il devient impossible de rester fidèle à ses convictions tant les retours d’ascenseurs sont contraignants.

Non, il est urgemment nécessaire de changer le paradigme, donc
l’organisation même de notre civilisation !

Aïe… Là, je crains d’avoir perdu le dernier lecteur qui à eu le courage et la patience de lire cet article jusqu’ici sans se faire interrompre par un tweet ! 😛

Il est clair que de faire changer un paquebot de direction quand il est face à un iceberg, quand la majorité des gens au pouvoir sont convaincus que de réduire la vitesse de quelques kilomètres à l’heure est suffisant, cela nous laisse devant une tâche ardue. D’autant plus que les dirigeants en question s’en mettent d’autant plus plein les poches que nous nous rapprochons de l’iceberg…

Solution à la diversion organisée ?

Changement fondamental, donc. Comme tout changement de ce genre, le temps risque d’être long pour y parvenir…

Quoique…

Cela dépend de notre volonté à vouloir continuer de subir ce lavage de cerveau permanent des médias qui nous occupent les pensées avec des problèmes générés par un système dont nous ne voulons plus (faux débats, surinformation, publicités, journaux gratuits, séries TV, …).

Cela dépend de notre courage à renoncer à un travail de prostitution quitte à gagner moins pour (re-)passer de la consommation de masse à la consommation de besoin.

Cela dépend de la puissance que l’on décide de continuer à donner à l’industrie pour dégrader notre santé, notre sphère privée et notre environnement par notre consommation réfléchie et mesurée, consciente.

Cela dépend de notre faculté à utiliser notre sens critique face aux messages politiques démagogiques faisant appel à nos instincts primitifs et aux valeurs culturelles qui nous emprisonnent.

Cela dépend de… Nous ! ! !

Nous pouvons continuer de nous faire avoir par ces techniques de diversions mafieuses ou décider de changer aujourd’hui.

J’aime bien dire à mon fils que les choses simples de la vie sont les meilleures, mais ce n’est malheureusement plus vrai du tout dans ce cadre truqué de cet ultra-libéralisme qui nous balance de la merde gratuitement et nous complique l’accès aux choses naturelles simples.

Allez-vous aussi vous mettre à boycotter ce système qui nous éloigne de l’essentiel par mille et une techniques de diversion ?

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