Le prix de la gratuité

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Capitalism by bizarrismo on DeviantArt.com

Souvenir de la gratuité d’antan

Je me rappelle, étant enfant, avoir accompagné mes parents durant les courses du samedi. Je me rappelle avoir reçu régulièrement du boucher une délicieuse tranche de charcuterie. Il n’y avait pas d’arrière-pensée, mon sourire d’enfant enchanté suffisait à motiver son action. Mes parents souriaient, le boucher aussi et moi j’étais aux anges!

Je me rappelle ma grand-mère, gérante d’un restaurant, qui offrait des sirops aux enfants ou aux jeunes sans le sou qui étaient de passage avec leurs bicyclettes. Elle se disait qu’un jour ses petits enfants seraient heureux également de se voir offrir une boisson dans les mêmes conditions. C’était une action emplie de générosité venant tout droit du coeur.

De la gratuité du coeur à la gratuité conditionnelle

Peu à peu, au fil des années, les mentalités ont changé, le monde a “évolué”, le temps est devenu synonyme d’argent et, par extension, toute action est devenue monnayable.

Combien de fois nous est-il arrivé de nous sentir un peu mal à l’aise devant une action de générosité?
Nous sommes-nous déjà posé la question pour qu’elle raison nous nous sentions comme cela?

Se pourrait-il que nous réagissions de la sorte parce que nous savons que ce geste, de notre temps, n’est implicitement plus considéré comme désintéressé, mais qu’il implique tôt ou tard une contre-partie de notre part?

Aujourd’hui, ironiquement, c’est en monnayant ce qui est gratuit que la gratuité à perdu sa valeur…

Si vous ne payez rien, c’est vous qui êtes le produit

On trouve cette citation de multiples fois sur internet. Elle s’avère erronée si l’on considère des services en ligne comme Wikipedia, des systèmes ouverts comme Linux ou certains magazines spécialisés en ligne. Pourtant, si on lorgne du côté des sites de réseaux sociaux, des hébergements en ligne ( courriel, “cloud”, …), ou encore de certaines applications gratuites sur smartphone, ma foi, force est de constater que cette description résume la situation avec clairvoyance.

Qu’est-ce que cela implique de s’inscrire sur un réseau social gratuit nommé “VisageLivre” ou une application de messagerie instantanée nommée “Kézako” par exemple?

Vous allez y saisir vos coordonnées et les adresses de vos amis dès que vous les y inviterez. Vous allez vous mettre à publier vos états d’âme du moment, vos derniers souvenirs de voyage ou les aventures de vos chérubins sous forme de textes, de photos, de vidéos et de chansons. Vous allez régulièrement consulter les publications de vos amis et réagir à ce qu’ils ont publié. Vous allez vous connecter à certaines heures, à certains jours et suite à certains événements. Vous allez entretenir une relation symbiotique avec ce système qui est non sans rappeler le journal intime de jadis auquel on pouvait tout confier sans gêne aucune…

Cependant, contrairement à votre journal intime qui pouvait au pire se retrouver dans les mains de vos parents, le contenu de ce système est non seulement accessible en tout temps à tous vos amis et aux gérants du système, mais en plus il est possible d’en reproduire tout ou partie!

Mieux! Votre comportement est analysé à chaque instant sur la base de toutes vos publications et de vos habitudes afin d’établir votre profil de consommateur!!!

Vous me direz peut-être que cela n’est pas bien méchant si un gérant de l’autre côté de l’atlantique, qui ne parle même pas votre langue, s’amuse à collecter des données sur vous. Sur quoi je me ferai un grand plaisir de vous répondre: et si le gérant en question s’amusait à revendre votre profil, par exemple “fumeur, fan de fast food, sans pratique sportive avec toutes vos coordonnées” (pour simplifier) aux assureurs de notre pays et que, par voie de conséquence, vous vous voyez refuser votre prochaine demande d’adhésion à cause de cela, qu’est-ce que cela suscite comme réaction chez vous?

Le très bon marché aussi a son prix!

J’ai concentré précédemment mon attention sur des services en ligne, déformation professionnelle oblige, pourtant le monde matériel “réel” n’est pas en reste!!!

Le moteur de l’économie de marché, telle que nous la subissons aujourd’hui, est l’argent. Dans la majorité des cas, seule la fin justifie les moyens plus ou moins scrupuleux mis en oeuvre. On part du principe que les ressources sont infinies et qu’il est naturel d’avoir une croissance sans limite.

Dans le contexte précité, saviez-vous qu’un industriel qui fait face à une baisse des ventes de son produit a, parmi la panoplie d’outils à disposition, la possibilité de faire appel au processus de dégradation pour baisser le prix de production de son produit. De quoi s’agit il exactement?

Prenons le chocolat pour citer un exemple bien de chez nous. Le produit est analysé, composant par composant, pour déterminer quel est le constituant qui peut être remplacé par un autre, meilleur marché et qui n’est pas censé changer les propriétés du produit final (goût, texture, etc.). Alors on va procéder soit à une recherche sur le marché d’un substitut existant ou se mettre à développer la même substance dans un pays lointain, où la main d’oeuvre est meilleur marché et où probablement les contrôles sanitaires sont moins stricts.
Au final, le consommateur se retrouvera avec une plaque de chocolat 5, 10, 15 ou 20cts meilleur marché que que la concurrence, mais avec le risque avéré de contenir des substances nocives pour le vivant.

Oui, bien sûr, il y a des contrôles qui sont faits ci et là, mais quand on sait que des millions de produits atterrissent quotidiennement sur les étals, qu’on part toujours du paradigme cité ci-dessus, et que seule une poignée de douaniers et de chimistes procèdent aux contrôles par échantillons, je vous laisse seul juge des chances d’obtenir un produit sans danger pour la santé en bout de chaîne…

Et là, j’écris en égoïste, c’est-à-dire que je n’ai même pas mentionné les conditions de travail du petit enfant de 8 ans qui se coltine 10 heures par jour la fabrication d’un produit dans des conditions de travail misérables pour que nous économisions quelques centimes!!!

Le futur se construit aujourd’hui

Le temps de remettre en question ce genre de faits ou de parler d’alarmisme est aujourd’hui largement dépassé. Il ne faut plus se demander ce que peuvent faire les autorités pour améliorer la situation, car si les autorités le voulaient, nous n’en serions pas là!!!

Non, il faut se demander comment nous allons nous-mêmes nous organiser pour améliorer la situation, quelles sont les actions que nous allons démarrer pour redonner de la valeur à la gratuité.

A présent, maintenant que vous en savez un peu plus, êtes-vous encore toujours prêts à contribuer, grâce à votre participation consentante, au développement de telles pratiques en utilisant des réseaux et des outils prétendus sociaux et achetant des produits sans label reconnu respectant le vivant?

Notre futur c’est nous qui le construisons aujourd’hui avec nos actions quotidiennes!

MAJ 16.01.2015: Synchronicité quand tu nous tiens!

Pas plus tard que cette semaine, quelques jours après la publication de mon article, ma banque m’envoyait un dépliant de mise-à-jour de leurs CG dans lesquelles s’est glissé un petit article qui les autorise à établir un profil des clients grâce à toutes les données collectées pour une exploitation marketing optimisée.

Deux jours après, je me trouvais devant une mise-à-jour des CG d’un programme de fidélisation qui les autorise à établir un profil des clients grâce à toutes les données collectées auprès de tous leurs partenaires (banque, assurance, discounter électronique , pharmacie, etc… ) pour une exploitation marketing optimisée.

“VisageLivre” leur a mis l’eau à la bouche et il n’en fallait pas plus pour déclencher l’effet boule de neige…

Combien de temps estimez-vous pour que vous vous voyiez refuser une assurance complémentaire parce que vous êtes aller acheter régulièrement des tranquillisants en pharmacie ou que vous consommez trop d’alcool?

Je me répète:
Notre futur c’est nous qui le construisons aujourd’hui avec nos actions quotidiennes!

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