Le magazine “jolie-fleur-de-montagne” a quinze ans

Sofia Venanzetti The happiness of freedom

Sofia Venanzetti The happiness of freedom

Voilà un courriel que j’avais adressé à la rédaction d’un magazine que je vais nommer “jolie-fleur-de-montagne” et auquel je n’ai jamais reçu de réponse.

​A l’attention de Madame tartempion​​, rédactrice en chef de jolie-fleur-de-montagne magazine.​

Bonsoir Madame,

Il est 20h53, je viens de coucher mon fils de 6 ans après une crise de crampes aux jambes et dehors la tempête fait rage. J’avais dans l’idée de m’avachir sur mon sofa et de me lessiver le cerveau en regardant un film à la télévision. Pourtant, votre magazine non sollicité, trouvé dans ma boîte aux lettres ce soir en rentrant, m’est revenu à l’esprit. J’ai alors décidé d’écouter le dernier album de Rim Banna “Revelation Of Ecstasy & Rebellion” – un joyau de sensibilité et vecteur d’émotions – et d’empoigner ma plume électronique pour vous écrire ce message.

En feuilletant ce numéro, les photos publicitaires de femmes plus parfaites les unes que les autres s’enchaînent et m’ont fait penser aux précédentes éditions que je consultait de temps à autre. Je me souviens y avoir lu quelques articles à l’époque où mon ex-épouse y était abonnée. Cependant, je ne me souviens plus des sujets traités; mais là n’est pas mon propos.

​Oui. Jolie-fleur-de-montagne a 15 ans et n’a pas pris une ride. Pardonnez-moi d’y mettre une note de sarcasme en l’écrivant.​ Ce qui m’interpelle dans votre revue, c’est justement l’image véhiculée, catalyseur d’un de ces poisons qui gangrène notre société: le diktat du paraître et de la perfection. Je n’existe que par mon image parfaite, donc par extension, si mon image n’est pas parfaite, je n’existe pas. Ceci me fait douloureusement penser à l’adolescence, période de doutes, de recherche d’identité et de modèles par excellence.

Voilà donc notre ado, appelons-la Fatima, qui est submergée d’images parfaites lui démontrant par a plus b ce que la société attend d’elle. Bêtement, comme pour la majorité des ados, le moule qu’on lui inflige ne lui correspond pas du tout. Alors Fatima se remet en question, elle essaie de se vêtir d’habits tendance qui lui sont inadaptés. Elle devient d’abord anorexique avant de chuter dans la boulimie en subissant de sévères dépressions. Ce faisant, elle fait le bonheur des actionnaires de l’industrie pétro-chimique, textile et pharmaceutique. ​ La boucle est bouclée.​
Un beau jour, nous parcourons notre quotidien préféré sur notre tablette ​grand format ​dernier cri et notre curiosité morbide nous pousse à guigner du côté de la revue nécrologique. Dans celle-ci, nous lisons un message touchant de la famille de Fatima dont la flamme s’est éteinte peu avant ses 15 printemps. Puis, nous nous disons que la “vie” peut être cruelle et nous nous demandons ce qui a bien pu arriver à cette jeune fleur qui n’a pas eu le temps d’éclore…​​ et nous zappons sur autre chose…​

N​e vous y méprenez pas, je considère votre travail journalistique et ​​​graphique​ ​ avec le plus grand respect​, ce nonobstant​,​ il y a des vérités qui doivent être dites.​ ​​​Je ne vous accuse pas de tous les maux, je vous reproche juste de contribuer ainsi à ce cercle vicieux et létal pour bon nombre de personnes.

Quelle fleur a selon vous mérité​ de vivre​ ses 15 printemps aujourd’hui?

PS: Merci d’avoir l’amabilité supprimer mes adresses physique et électronique de votre liste de distribution.

​R​espectueusement,​

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